0 commentaire(s) | 98 vues

Démarrée il y a dix ans, la «bataille de l’Atlantique» va encore s’amplifier dans les prochaines années, avec l’arrivée de nouveaux avions plus performants et la multiplication des vols low cost. 

1 – Un trafic qui s’envole

Dix ans après l’accord de « ciel ouvert » entre les Etats-Unis et l’Union européenne, le trafic s’est envolé. Aujourd’hui, n’importe quelle compagnie américaine ou européenne peut traverser l’Atlantique, depuis n’importe quel aéroport. Cela signifie, sur le papier, qu’Air France est libre d’ouvrir une ligne entre Liverpool et Los Angeles, ou que Lufthansa peut relier Lyon à Miami. Dans les faits, les contraintes de rentabilité et l’accès limité aux slots (créneaux de décollage) dans les aéroports a toutefois régulé l’offre. Pour autant, plus de 50 millions de sièges étaient disponibles sur les lignes transatlantiques en 2018, contre 44 millions il y a trois ans. Plus de 70 aéroports européens sont ainsi reliés quotidiennement à une cinquantaine de plateformes nord-américaines. Dans le top dix des lignes les plus fréquentées, sept sont opérées au départ de l’aéroport londonien d’Heathrow, avec en tête New York (JFK) qui séduit chaque année 2,5 millions de voyageurs. Avec plus de 1,2 million de passagers par an, la route Roissy/New York (JFK)  grimpe sur la 3ème marche du podium. A noter l’excellente performance de Roissy/Montréal, avec 1,1 million de passagers (5ème rang) !

2 – Les low cost entrent en piste

Avec l’ouverture du ciel, de nouveaux transporteurs se sont lancés dans la « bataille de l’Atlantique ». La seule ligne Paris (Roissy et Orly)/New York (JFK et Newark) voit s’affronter une dizaine de transporteurs : généralistes (Air France, Delta Airlines, American Airlines, United Airlines) ou  positionnés sur des niches (XL Airways et Air Transat sur le segment loisirs, La Compagnie avec une cible « affaires »). Il faut désormais compter avec les low cost qui espèrent s’imposer sur le long courrier, avec des fortunes diverses. Level, qui relie Orly à New York et Montréal depuis quelques mois, peut compter sur la force de frappe de sa maison mère IAG (British Airways, Iberia…). Norwegian, qui propose sept destinations (New York, Los Angeles, Fort Lauderdale, Orlando, Denver, Boston, Oakland/San Francisco) au départ de Roissy, affiche une croissance exponentielle mais avec une rentabilité incertaine qui laisse planer des doutes quant à son avenir. En difficulté, Wow Air – qui propose des vols à bas prix via Reykjavik – doit être rachetée par un fonds d’investissement américain et réduit sa flotte de moitié. Enfin, Primera Air a jeté l’éponge quelques semaines seulement après s’être lancée dans la bataille !

3 – La riposte des géants du ciel

Face à cette offensive, les géants s’organisent. Après s’être regroupés en alliances (Skyteam, Star Alliance, Oneworld), ils ont créé des joint-ventures permettant de combiner offres et politiques commerciales. C’est le cas pour Air France-KLM associée à Delta (en attendant Virgin Atlantic, l’été prochain), de British Airways-Iberia avec American Airlines, et de Lufthansa avec United Airlines. Avantages pour les entreprises : une offre plus simple et plus riche, avec des connexions facilitées, des services améliorés et une politique tarifaire globalisée. Sans oublier, pour les voyageurs, des programmes de fidélité élargis… Il est ainsi possible d’effectuer un vol Marseille/San Francisco avec Air France via Roissy, et un retour via Amsterdam avec KLM, sous un même numéro de vol et avec un prix unique… Ensemble, ces trois alliances contrôlent 75% du marché de l’Atlantique nord. A elle seule, la joint venture entre Air France-KLM et Delta en détient 22% et réalise un chiffre d’affaires annuel de 12 milliards d’euros. Avec Virgin Atlantic, l’ensemble détiendra 25% du marché et opérera plus de 300 vols par jour.

4 – Des prix en zone de turbulence

La forte concurrence contribue à faire baisser les prix. Selon le comparateur Liligo, le prix moyen d’un A/R Paris/New York était de 535 € en 2016, contre 726 € en 2014. L’offensive des low cost rend toutefois les comparaisons difficiles. Avec leur système de tarification à la carte, elles sont en passe de révolutionner l’offre transatlantique. Les prix d’appels – à partir de 129 € l’aller simple – n’incluent ni le bagage en soute, ni les repas à bord ; deux prestations pourtant indispensables pour des vols de plus de 6 heures et qui sont proposées en option, ce qui complexifie la gestion des notes de frais ! Attention : ces prix bas sont disponibles pour des réservations effectuées longtemps à l’avance, peu compatibles avec les déplacements professionnels. Pas question pour les compagnies historiques de rester les bras croisés ! Depuis plusieurs mois, Air France mais aussi les transporteurs américains affichent des tarifs d’appels « light ». Si les repas sont généralement inclus, les bagages en soute sont optionnels (100 € pour un A/R Paris/New York avec Air France !). Bref, il convient d’être attentif lors de la réservation…

5 – Et demain, cap sur la province ?  

Faute d’avions adaptés, et de par la stratégie des compagnies qui ont concentré leurs trafics sur les hubs, il est bien difficile de rejoindre l’Amérique du nord depuis les régions sans faire escale. A l’exception de Nice, reliée à New York par Delta et dès le mois de mai avec La Compagnie, et de quelques métropoles régionales (Nice, Marseille, Lyon, Toulouse, Bordeaux, Nantes…) connectées à Montréal par Air Canada et Air Transat, les passagers régionaux n’ont d’autres choix que de transiter par Paris, Londres, Francfort, Amsterdam…  Dès 2019, le nouvel Airbus A321 néo LR va changer la donne. Cet avion monocouloir pourra parcourir jusqu’à 7500 km – et donc franchir l’Atlantique – grâce à l’ajout d’un réservoir supplémentaire. Et sa capacité (206 passagers) va permettre de proposer des vols de «point à point» au départ d’aéroports régionaux, où le trafic est insuffisant pour positionner des avions gros porteurs. Norwegian, mais aussi Air Transat, ont commandés plusieurs exemplaires de ces Airbus. Une nouvelle « bataille de l’Atlantique » se prépare !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *